Un tissu & un système

Jusqu’à récemment, le fascia était considéré comme un tissu de remplissage inerte du corps et systématiquement retiré lors des dissections anatomiques. Cependant, il est maintenant reconnu que le fascia remplit de nombreuses fonctions importantes dans le corps et qu’il est essentiel de le considérer dans le mouvement.

Le fascia est un tissu conjonctif omniprésent dans le corps humain assurant une continuité ininterrompue à travers toutes ses parties et à tous les niveaux d’organisation.

Il forme une matrice qui sert de support à tout l’organisme. Il entoure et interpénètre l’ensemble des organes, des muscles, des os, des fibres nerveuses et des vaisseaux, formant un squelette intérieur, souple et adaptable, souvent comparer à une « toile d’araignée en 3D ».

Le réseau fascial est un tout, un organe complexe à part entière, autorégulateur qui relie toutes les parties du corps. Il est étroitement lié au système musculaire et travaille de concert avec le système osseux et le système nerveux. Il s’adapte continuellement à la manière dont nous nous tenons, bougeons, respirons, pensons et même au ressenti de nos émotions.

” C’est le plus grand organe sensoriel du corps humain ” d’après Robert Schleip, spécialiste du fascia. Le fascia renferme une grande quantité de capteurs de mouvements et de récepteurs de la douleur, directement influencés par le stress. Il envoie continuellement des signaux au cerveau.

Dernièrement nous avons découvert que le fascia avait une qualité dite Auxetic. C’est à dire qu’il s’étend vers une direction lorsqu’il est soumis à une pression dans une autre direction.

Le fascia est constitué de cellules (principalement des fibroblastes), de fibres (principalement de collagène et d’élastine) et à plus de 68 % d’eau.

Le fascia en bonne santé

Le fascia en bonne santé est homogène, souple, élastique, glisse et coulisse. Ce glissement se réduit quand notre corps n’est pas assez en mouvement et la personne commence à ressentir des douleurs, elle est mal dans son corps et mal dans sa peau.

Vous l’aurez compris, le fascia joue un rôle important dans de nombreuses douleurs (mal de dos par exemple), blocages, tensions… mais, avec un entraînement adéquat et une conscience accrue de son corps,  il est aussi source de nombreuses guérisons !

L'image de l'orange.

« L’orange est un bon moyen de comprendre ce qu’est un fascia. Comment il est rattaché aux muscles. Si nous coupons le fruit en deux. Nous voyons qu’il n’est pas constitué que de pulpes mais aussi d’une composante fibreuse qui divise l’orange en quartier et qui soutient le tissu proprement dit » Carla Stecco, professeure d’anatomie

Biotenségrité

 Tension et intégrité

Le corps est un système unifié qui a les qualités d’un système de tenségrité. Les bâtonnets en bois représentent les os, les élastiques représentent la force de tension du fascia. Les muscles sont intégrés dans le réseau du fascia, ce sont eux qui optimisent et s’occupent des réglages fins lors de nos mouvements. Alors que les os s’écartent vers l’extérieur pour créer de l’espace, la force de tension du fascia a un rôle de stabilisation dynamique qui maintient la structure. Le même modèle s’applique au corps en mouvement. En effet, lorsque nous éloignons deux bâtonnets en bois l’un de l’autre, toute la structure s’expand en tant qu’ensemble unifié. Si l’on reporte cela à notre cage thoracique, l’expansion de nos côtes crée de la place pour les organes et nous permet de bouger dans toutes les directions librement.

Une forme nette, une stabilité dynamique qui nous permet de nous adapter, un sentiment d’expansion et de liberté de mouvement dans toutes les directions : c’est la définition d’un corps qui possède les qualités d’un système de tenségrité.

Modèle de tenségrité

Les lignes myofasciales

Anatomy Trains développé par Tom Myers

Le concept Anatomy Trains est une simplification du système des fascias qui propose une lecture du corps à travers plusieurs lignes myofasciales. C’est une vision holistique de l’anatomie. Ce système met en avant la connexion des tissus par chaîne entière et non par isolation d’une partie. Le corps est pris en compte dans son intégralité. La connexion à la chaine entière fournit un mouvement ergonomique, élastique et léger. Le défi, aujourd’hui, est de lâcher prise pour que les compensations corporelles disparaissent afin de retrouver la biomécanique fonctionnelle (le mouvement) qui nous a été donnée à notre naissance. Cette vision globale nous fait comprendre que tout est connecté à tout.

La compréhension de ces lignes myofasciales dans le corps en mouvement nous permet d’ajuster le système du corps humain, en cherchant à équilibrer les tensions afin de produire un tonus égal dans les différentes lignes. Le but est de produire un effet à long terme sur la santé globale de la personne, en procurant un mouvement plus libre et plus ample, en réduisant les douleurs, mais aussi pour un meilleur fonctionnement des organes, du système respiratoire et pour un meilleur sentiment d’intégrité personnelle.

Gardons l’esprit ouvert car il y a d’autres scientifiques comme, Carla & Antonio Stecco, qui parlent d’autres lignes. Nous sommes vraiment dans un tournant important concernant la compréhension du corps dans le mouvement. Les recherches à venir s’annoncent enrichissantes.

L'entraînement du fascia

Le mouvement est la condition sine qua non pour que le fascia soit en bonne santé, élastique et présentant une structure onduleuse régulière. L’activité physique ainsi qu’une bonne conscience de sa posture est donc primordiale.

L’entraînement du fascia améliore la stabilité dynamique ainsi que la capacité de réaction du corps, l’élasticité des tissus naturels, le tonus et la capacité d’adaptation ainsi que la perception sensorielle.

Les 5 piliers de l’entrainement fascial :

 Renforcer le tissu conjonctif avec des rebonds élastiques et dynamiques comme un ressort

–  Améliorer la mobilité avec des étirements dynamiques, fondants et multidirectionnels

 – Affiner le ressenti sensoriel avec un entrainement de la proprioception et de l’intéroception

Hydrater, dynamiser et relâcher le fascia avec un travail d’automassage avec rouleaux, balles…

S’amuser, prendre du plaisir à travers le mouvement comme un enfant